Les 115 kilos d’Eric Dubois, agriculteur aux Bressets (Le Locle), ne pèsent pas lourds face aux 1'126 kilos de son taureau. Le rapport de force est inégal dans le cas d’une rébellion du bovin. Propriétaire d’une quinzaine de taureaux aux Ponts-de-Martel, Maurice Perrin en sait quelque chose : « J’ai été blessé à un bras par l’un de mes taureaux l’année dernière. Je m’en suis sorti avec douze points de suture ».
Ce bovin est potentiellement dangereux. Les paysans le savent et prennent toutes les précautions nécessaires, non seulement pour garantir leur propre sécurité mais également celle des autres. « Il faut bien avoir à l’esprit qu’un taureau n’est pas un animal de compagnie. Rien à voir avec une génisse ou un cheval », souligne Maurice Perrin. Gérer un bovin au caractère imprévisible demande d’être toujours sur ses gardes. Il ne faut jamais lui tourner le dos mais toujours l’avoir à l’œil. Le conducteur d’un taureau doit s’imposer. « Il faut qu’il nous reconnaisse comme son chef. On doit le respecter mais lui parler fermement. Et les caresses, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ne déclenchent pas un élan de tendresse chez lui. Bien au contraire. Je recommande de ne pas trop le caresser sur la tête car cela peut le rendre méchant », observe Maurice Perrin.
Un taureau ne se conduit pas avec un fil de laine à tricoter. La loi impose aux propriétaires de les munir d’une boucle nasale dès l’âge d’un an. Cet accessoire fait office de poignée pour le conducteur du taureau. (…) Cet animal présente un risque tout autant important pour autrui lorsqu’il jouit d’une semi liberté en compagnie du troupeau de vaches. « J’évite au maximum de les mettre au pâturage », assure l’éleveur des Ponts-de-Martel. « Un conseil est de tirer un fil électrique tout autour du champ où le taureau se déplace. Il n’y a que cela pour l’arrêter. Je ne crois pas en l’efficacité des clôtures en fil de fer barbelé ».
Il est exceptionnel qu’un taureau passe toute sa carrière sans devenir agressif. Les paysans disent alors que leur animal « tourne». Entre 15 et 30 mois, c’est la période la plus critique. « Quand il n’obéit plus, il devient alors impossible de lui faire confiance. Et à ce jeu-là, c’est lui qui gagne. Il n’y a alors pas d’autre alternative que de le tuer », rapporte Eric Dubois. Pour assurer la sécurité du public qui se rend aux Ponts-de-Martel pour admirer les taureaux du concours, plusieurs barrières ont été posées autour du ring. Mais le risque existe toujours et les éleveurs craignent davantage le comportement de certains spectateurs que le coup de folie d’un bovin. Maurice Perrin et Eric Dubois observent parfois avec effarement de jeunes mamans avec des poussettes venir se placer juste derrière les barrières les séparant du ring. Le public est donc appelé à la prudence et à la vigilance afin de ne pas gâcher la fête.
A.P. (Extrait de presse)