Le crapaud accoucheur s’est transformé en roi, le temps d’une année, non par suite à un de ces baisers directement sortis d’un conte, mais grâce au regard bienveillant de Pro Natura qui l’a sacré animal de l’année 2013.
« Derrière ce choix, il s’agit de faire passer un message plus général : préserver et reconstruire des mares et des étangs pour sauver les amphibiens, qui forment l’un des groupes d’espèces les plus en danger de Suisse, puisque que 14 de nos 20 espèces indigènes se retrouvent sur la liste rouge », explique Nicolas Wüthrich, porte-parole de Pro Natura.
Le crapaud accoucheur, qui mesure entre 3,5 et 5 cm, fait partie de cette infortunée majorité, la moitié de sa population ayant disparu ces vingt-cinq dernières années. La faute, entre autres, au comblement et à la pollution des plans d’eau, à la correction des cours d’eau, à l’intensification de l’exploitation des gravières et des carrières. Cette conjonction de facteurs lui prédit un avenir très sombre. (…) Le crapaud accoucheur est donc dans une situation délicate et il est impératif que des décisions politiques soient prises et que nos autorités réaménagent rapidement les petits étangs disparus.
Sa disparition représenterait une grande perte car, au-delà de son physique pas forcément très flatteur, avec sa peau grise terre parsemées de petites verrues, il a un comportement vraiment singulier. A commencer par la manière qu’à monsieur de séduire sa belle. Il donne de la voix et quelle voix ! De la fin mars à août, et tout particulièrement durant les chaudes nuits d’été, le mâle lâche toutes les deux à trois secondes une brève note flûtée. Bien installé à proximité d’un plan d’eau, on repère rapidement les barytons accompagnés par quelques ténors. (…) Ce sont ces mélopées qui trahissent le plus souvent la présence de l’insectivore au naturel discret. Il passe en effet ses journées dans des anfractuosités ou des tas de sable, d’où il ne sort qu’à la nuit tombée, en quête d’un partenaire ou de nourriture.
Mais revenons à sa vie amoureuse. Une fois conquise par le plus mélomane de ses prétendants, la femelle entame avec lui des ébats qui, à la différence des autres crapauds, ont lieu sur la terre ferme, tout comme la ponte. Le mâle s’agrippe avec ses pattes avant à sa concubine. Après quelques minutes, leurs membres arrière s’unissent pour former une sorte de corbeille où sont récoltés les chapelets d’œufs, immédiatement fécondés par le mâle. Celui-ci entoure alors ses pattes de ces curieuses guirlandes, là où d’autres se retrouveraient enchaînés à un boulet !
Sa descendance chevillée au corps durant les trois à six semaines d’incubation (en fonction de la chaleur et de l’humidité ambiante), le voici seul à charge de ces quelques dizaines d’âmes, voire plus car il arrive souvent qu’il s’accouple à plusieurs femelles. « C’est le seul batracien indigène à prendre autant de soin de sa progéniture, précise Jérôme Pellet. Comment ne pas être surpris par ce couple dont la mère délaisse le père après l’accouchement, lui laissant le destin de ses petits entre les pattes ? » Dès que les œufs sont matures, il les met à l’eau, où ils éclosent quelques minutes après. Suivant le moment de leur naissance, les têtards hiverneront dans l’eau ou deviendront crapauds durant l’automne et passeront l’hiver dans un état léthargique au sein d’un endroit abrité. Une fois devenus crapauds, on estime que 5% des œufs atteignent l’âge adulte, ils passent le reste de leur vie, entre cinq à dix ans, sur la terre ferme. Des mœurs étonnantes qui méritent bien une petite place sur le trône médiatique, aussi éphémère soit-il.
F.R.. (Extrait de presse)